Encéphalopathie spongiforme bovine
Sommaire :
1_ Symptômes et signes cliniques
2_ Historique
3_ Origine de l'épidémie
4_ Décisions politiques
Encéphalopathie spongiforme bovine (ESB)est une affection dégénérative
du cerveau chez les bovins, connue sous le nom de "maladie de la vache folle".
1_ Symptômes et signes cliniques :
(Haut de page)
Les premiers symptômes se déclarent vers l'âge de cinq ans, après une incubation d'au moins deux ans.
La maladie débute par des modifications du comportement: nervosité, grande sensibilité au contact et au bruit.
L'animal passe son temps à se lécher; il oscille entre la crainte et l'agressivité. Au pâturage, il reste à l'écart du troupeau,
gratte le sol, grince des dents et tremble.
Sa démarche devient incertaine, hésitante; ses mouvements ne sont plus coordonnés, il tombe fréquemment et a de plus en plus de mal à se relever.
Il maigrit, produit de moins en moins de lait.
Finalement, la paralysie devient totale, l'agressivité et les tremblements augmentent.
La mort survient de un à six mois après l'apparition des premiers symptômes.
Cette maladie, dite de la vache folle, est due à une dégénérescence du système nerveux central: les neurones meurent et
le cerveau acquiert une texture spongieuse. Les analyses montrent qu'une
protéine, appelée PrP, mal repliée (elle est alors appelée prion), n'est pas
éliminée et s'accumule dans les neurones. Ce sont ces accumulations qui
provoquent de graves troubles du système nerveux et conduisent à la mort.
Des maladies très semblables s'observent également chez d'autres mammifères, dont l'Homme. Chez le mouton, la "tremblante du mouton",
qui provoque des démangeaisons, une grande nervosité, puis une paralysie
totale, évolue en deux à six mois, après une incubation d'environ deux ans.
Ce type de maladie atteint aussi les herbivores sauvages (en particulier
les membres du groupe des ongulés), dans la nature comme dans les zoos,
ainsi que les félins (encéphalopathie spongiforme féline). Chez l'Homme,
la maladie de Creutzfeldt-Jacob est elle aussi une encéphalopathie
spongiforme, qui se déclare en général après soixante ans.
2_ Historique :
(Haut de page)
Les symptômes sont connus depuis plus de deux siècles. C'est en effet en
1730, en Angleterre, qu'a été décrite pour la première fois la tremblante
du mouton. En 1772, la même maladie fut observée chez une chèvre. Il fallut
cependant attendre 1922 pour que soit donnée la première description de la
maladie de Creutzfeldt-Jacob (MCJ) chez l'Homme. Aux États-Unis, en 1947,
un élevage de visons fut atteint à son tour d'encéphalopathie spongiforme.
La maladie gagna ensuite la Finlande, l'URSS et le Canada. L'origine probable
de cette épidémie est la consommation de carcasses d'ovins contaminés. En
Amérique du Nord, le cerf des montagnes rocheuses fut contaminé en 1979.
Le début de l'épidémie chez les vaches anglaises, qui marque le point de
départ de la "crise de la vache folle", remonte à 1985. La maladie ne
tarde pas à toucher les bovidés sauvages exotiques maintenus en captivité
dans les zoos. En 1990, elle s'attaque au félin domestique le plus apprécié:
le chat. Enfin, en 1996, on note, dans les zoos, que les singes sont eux
aussi contaminés.
3_ Origine de l'épidémie :
(Haut de page)
La maladie existe à l'état naturel à des fréquences très faibles. Mais, au
début des années 1980, on commença à administrer des compléments alimentaires
aux bovins de plus de six mois pour qu'ils grandissent plus vite et donnent
plus de lait. Ces compléments étaient des farines de protéines animales
fabriquées à partir de carcasses de moutons ou de vaches. L'ESB fut transmise
à un nombre considérable de bovins par l'intermédiaire de telles farines
mal traitées, c'est-à-dire insuffisamment chauffées (130°C au minimum pour
éviter les contaminations). Ce diagnostic a été confirmé par le comité
scientifique des vétérinaires de la Commission européenne et par l'organisme
de contrôle mondial, la Fédération internationale des épizooties (FNE).
De plus, des études ont montré que l'ESB peut être transmise par la vache à
son veau, sans que l'on puisse dire si cette transmission a lieu lors de la
gestation ou si les prions sont présents dans le lait maternel. Cette
maladie, transmissible à l'Homme, produit une forme atypique de la maladie
de Creutzfed-Jacob: les sujets atteints, beaucoup plus jeunes que dans la
forme "classique", ont entre vingt et trente ans.
Depuis les débuts de l'épidémie en 1985, plus de 160000 cas de vaches folles
ont été recensés, principalement en Grande-Bretagne, mais aussi en Irlande,
en Suisse, en France, aux Pays-Bas et en Allemagne et ailleurs... . En Grande-Bretagne,
plus de 1 million de vaches ont déjà été abattues. Les nouvelles règles
concernant le traitement et l'utilisation des carcasses de boeufs et de
moutons permettent de penser qu'aucun animal né après 1996 ne sera exposé à
la maladie.
4_ Décisions politiques :
(Haut de page)
En décembre 1987, soit un an après le recensement des premiers cas de vaches
folles en Grande-Bretagne, les résultats des premières études
épidémiologiques conclurent à la responsabilité des farines animales. Le
18 juillet 1988, la Grande-Bretagne interdit l'incorporation des farines
animales dans l'alimentation des bovins, interdiction entrant en application
à partir du 1 janvier 1989. En revanche, leur exportation resta autorisée.
C'est le 13 août 1989 que la France interdit les importations de farines
animales originaires de Grande-Bretagne.
Le 2 mars 1991, le premier cas de vache folle française fut enregistré dans
les Côtes-d'Armor. D'autres furent recensés par la suite. En outre, en 1991,
éclata en France le scandale de la transmission de la maladie de
Creutzfeld-Jacob à des enfants par des hormones de croissance (extraites
d'hypophyses de cadavres contaminés). Toutefois, c'est seulement le 20
décembre 1994 que la France interdit l'incorporation des farines animales
dans l'alimentation des ruminants.
Parallèlement, les recherches se poursuivirent pour déterminer les relations
entre ESB et maladie de Creutzfeld-Jacob. Le 20 mars 1996, le ministre
britannique de la Santé révéla qu'une étude établissait un lien "possible"
entre ces deux maladies. Cette révélation fit naître un vent de panique
dans l'Europe entière. En quelques semaines, la consommation de viande
bovine en France chuta de près de 30%. En Allemagne, elle passa de 24 à
17kg annuels par personne. Le 21 mars 1996, la France suspendit ses
importations de bovins et de produits d'origine bovine en provenance de
Grande-Bretagne.
Six jours à peine après cette décision, l'Union européenne décréta un
embargo total sur les exportations bovines britanniques. La Grande-Bretagne
annonça alors, le 1 avril 1996, un plan d'abattage de plus de 4 millions de
bovins. Elle demanda, en contre-partie, la levée de l'embargo, ce que
l'Union européenne refusa. Le 1 août 1996, la Grande-Bretagne rendit public
un rapport confirmant que les veaux peuvent être contaminés par leur mère,
avec un risque évalué à 10%.
En France, le 10 janvier 1997, l'enlèvement des carcasses de bovins dans les
fermes fut assuré par les services publics. Enfin, le 19 février 1997, le
Parlement européen vota une motion de censure "avec sursis" contre la
Commission de Bruxelles après avoir souligné sa responsabilité dans l'affaire
de la vache folle.
Les cas de vaches folles sont aujourd'hui peu nombreux, mais la maladie
n'est pas encore éradiquée; et si, en Grande-Bretagne, la consommation de
boeuf est remontée à 80% de sa valeur avant la crise, elle reste toujours
de 30 à 40% en dessous de la normale dans la plupart des pays européens.
Les retombées économiques sont catastrophiques pour les éleveurs, dont
certains entament, faute de mieux, une reconversion dans l'élevage d'autres
animaux.
[Sommaire]___[Dossier]
Copyright © 2001 Lump Tous droits réservés.